Or, je peux par expérience, vous
dire qu’il faut se battre pour montrer qu’un malade n’est pas le même que celui
d’avant, que l’anorexique n’est pas forcement une manipulatrice, qu’elle
a une réelle personnalité qui je crois doit être le premier élément à prendre
en compte pour tenter de la sauver.
Il faudrait aussi je crois qu’au
moment où la malade commence à sortir de son isolement, elle retrouve les gens
qu’elle aime, les gens qui peuvent l’aider au jour le jour à sa sortie, au
lieu de vouloir l’en éloigner et surtout éviter tout contact.
En effet, les théories du 19ème
siècle sur cette maladie préconisent cette idée mais nous sommes au 21ème
siècle et il faut évoluer. Il y a des théories qui tiennent sûrement toujours
mais d’autres sont à exclure totalement pour éviter ce qui
m’arrive aujourd’hui et que je veux combattre pour les autres aussi et surtout.
A ma sortie de l’hôpital, j’ai
mis des mois avant de réapprendre à vivre entourée, à appréhender de nouveaux
repères, nouveaux après la maladie mais aussi après l’enfermement dans une
chambre sans possibilité de bouger, sans intimité, en surveillance constante.
En fait je n’avais plus
vécu en liberté physique et mentale jusqu’à ma sortie de cet hôpital.
J’ai retrouvé les gens, les goûts,
les couleurs, les plaisirs de la vie.
Puis le rythme de la vie de tout
le monde, des « gens normaux » a fait son retour et il a fallu a
nouveau trouver une place.
Mais quelle place ?
Lorsque j’étais anorexique (toute maigre, toute hyperactive…) j’avais une vie
certes en marge de la société mais que je connaissais, que je savais gérer. A
ma sortie de l’hôpital, je n’avais plus ma peau d’anorexique car j’avais
regrossi, je mangeais à peu près normalement, je trouvais une nouvelle vie.
Mais j’ai échoué dans sa gestion et je me suis donc retournée vers ce que je
connais : la souffrance, la destruction, ne sachant me construire une
place dans cette société….
J’apprends à subir ma vie
et non à la vivre mais je suis la, j’erre souvent sans but ou avec des
objectifs mais qui me font peur donc que j’abandonne souvent.
Si je témoigne aujourd'hui, c’est
pour que les malades d’abord, les médecins ensuite, et toute personne qui lira
ce message comprenne que cette maladie n’est pas qu’une maladie réservée aux
jeunes femmes malheureuses de par leur vie personnelle, et que certains aspects
médicaux, sociaux et structurels doivent être modifiés pour aider ces personnes
et peut-être aussi la société elle-même, vers plus de tolérance et
d’ouverture….
Merci et courage à tous, ensemble.
Barbara, 23 ans, anorexique
depuis 6 ans.