Ma vie n’avait rien de particulièrement triste, histoire de souffrances ou de malheur.

Je vivais heureuse dans ma famille, elle aussi des plus heureuse je crois.

L’école n’a jamais été une difficulté, même si le système scolaire dans lequel j’évoluais et dans lequel beaucoup de jeunes entrent était des plus exigeant ; en tout cas pour ceux peut-être trop faibles qui rentrent dans ce jeu de tout faire pour être le ou la meilleure, tout faire pour réussir dans la vie.

Moi je suis l’une de celle qui est entrée dans ce jeu, jeu terrible qui pousse à privilégier sa vie professionnelle à toute vie privée et tout réel plaisir.

Les amis, à une époque n’étaient que trop nombreux et on m’associait souvent au dénominatif de « chef de clan », j’aimais organiser des week-ends familiaux et amicaux et j’aimais que la maison grouille, qu’il y ait de l’activité, du mouvement, des gens autour de moi.

J’étais souriante, bonne vivante et j’avais un bon coup de fourchette, j’aimais finir les plats.

J’avais d’autres hobbies évidemment : la musique, la lecture, les séances cinéma en famille ou entre amis, mais surtout les voyages, la découverte d’un nouveau monde, des nouveaux espaces.

Puis outre certains drames familiaux et personnels que j’ai alors tu, la vie a fait que tout est devenu beaucoup moins beau.

Je n’ai pas fait de crise d’adolescence, comme certains parents s’en plaignent. Non, car en fait je me suis toujours considérée en dehors de la société, à rebours sur les modes, en décalage.

Les raisons ? Familiales c’est certain mais aussi sociétales.

J’avais une personnalité ainsi construite : je ne pouvais rentrer dans aucune catégorie, aucun cadre, et si à une époque cela n’est pas gênant, à l’adolescence et au moment d’entrer dans la vraie vie, celle des responsabilités, je me suis trouvée dans une situation bien complexe.

Devoir se prendre en charge avec tout son passé, ses qualités, ses défauts et devoir les assumer seule.

Concrètement je pense pouvoir dire que j’ai bien atteint ce but. J’ai réussi à gérer la vie quotidienne du travail, des études, du loyer, des courses…toujours avec l’aide de mes parents très présents bien sûr.

Mais à l’intérieur s’est développé comme un double de moi qui me freine à avancer, qui me prive de tout plaisir et de tout bonheur, de toute envie, de tout désir.

Je suis « deux » et ce 2ème est le petit diable qui mange mon corps et mon esprit depuis 6 ans.

Parfois il disparaît un peu, m’oublie, peut être va-t-il voir quelqu’un d’autre et cela m’inquiète pour cette personne.

Parfois il est constamment présent et prend le dessus me forçant à rester la plus seule possible pour le battre. Parfois ces deux bonhommes sont à égalité et je tente de les stabiliser pour donner une image un peu plus positive de moi.

Ce petit diable m’a conduit à l’hôpital, à la dernière seconde avant de m’emmener vers ce qu’il souhaitait un autre monde sans lumière.

Cette étape m’a ouvert les yeux sur certains aspects de la vie, sur ce que voulait dire repos, sentiments, calme, sérénité, vie…

Mais le combat de l’hôpital est un autre combat, chose qui ne se sait pas dans notre société, car on croit qu’en y entrant on va se battre mais avec l’aide des médecins.