Pr Fernand Lamisse
Faculté de médecine, Tours

Les adolescents végétariens ont-ils des troubles du comportement alimentaire ?

Un questionnaire de dépistage de troubles du comportement alimentaire (TCA) a été adressé à 30 étudiantes végétariennes et à 113 étudiantes omnivores, d'âge moyen 19 ans. Les pourcentages de résultats pour chaque item ne sont pas donnés mais la significativité des différences est nette.
  P

Je me sens coupable après avoir mangé*

0,025
Je suis préoccupée par le désir de rester mince*
0,003
Je mange des aliments diététiques*
0,030
J'aime que mon estomac soit vide*
0,004
Je sens que les aliments contrôlent ma vie*
0,023
Je passe trop de temps à penser à la nourriture*
0,027
J'ai envie de vomir après les repas*
0,025
Je fais des exercices intenses pour brûler les calories*
0,033
Je me pèse plusieurs fois par jour*
0,013
Je prends des laxatifs*
0,005
J'aime essayer les nouveaux aliments riches en calories**
0,027
Items de comportements alimentaires chez des végétariennes et des omnivores (d'après Klopp).
*score des végétariens plus élevé
** score des végétariens plus bas.

Ces résultats traduisent de façon indiscutable chez les végétariennes l'envie de contrôler leur poids et la présence de TCA. Un autre questionnaire a été adressé à 107 adolescents végétariens et 204 adolescents omnivores. Les questions portaient sur les changements d'habitudes alimentaires et leur fréquence, l'ingestion dans un petit laps de temps de grandes quantités d'aliments ("binge eating"), les vomissements après l'alimentation, l'utilisation de laxatifs. La fréquence de ces comportements é tait significativement plus élevée chez les végétariens, ce qui va dans le sens de l'existence de TCA chez ceux-ci.

  Végétariens Non végétariens P

Changements d’aliments > 5 fois / an

38% 21% <0,01
"Binge eating" 44% 32% <0,05
Vomissements provoqués 15% 4% <0,01
Laxatifs dans le but de perdre du poids 8% 1% <0,001
Troubles du comportement alimentaire chez des adolescents végétariens et non végétariens (d’après Neumark-Steiner).

Les adolescents atteints de TCA sont-ils plus souvent végétariens ?

Seuls des travaux sur l'anorexie mentale ont été rapportés. Dans une étude qui concernait 116 patients souffrant d'anorexie mentale, dont 63 ne consommaient pas de viande rouge, il a été montré que lorsque persistait l'arrêt de la consommation de viande, le poids restait plus bas que chez les omnivores et la durée de la maladie plus longue. Seuls quatre adolescents étaient de vrais végétariens (3%). Deux autres études ont montré un déficit en zinc dans l'anorexie mentale, principalement lorsque l'alimentation était végétarienne. Dans la première étude qui concernait 46 cas d'anorexie mentale, 96% des patients ne consommaient pas de viande rouge. Les auteurs pensent que le déficit en zinc induit des troubles du goût et pourrait être directement responsable de l'anorexie mentale. Dans la deuxième étude, qui concernait 20 patientes atteintes d'anorexie mentale dont 9 étaient végétariennes, la prise alimentaire en zinc n'atteignait chez les végétariennes que 62% des apports recommandés contre 97% chez les non végétariennes. Les auteurs ont surtout insisté sur les pertes en zinc, plus importantes chez les végétariens et secondaires à une plus grande activité physique. Il en résulterait des lésions gastrointestinales qui, à leur tour, vont gêner l'absorption du zinc et conduire aux perturbations du goût et à une diminution de la prise alimentaire. Il n’est pas mentionné dans cette étude que les lésions gastro-intestinales pourraient être provoquées ou aggravées par une intense activité physique.

Conclusion
Le nombre d'adolescents végétariens en France reste très imprécis du fait de l'insuffisance d'études épidémiologiques. Même s'il n'existe pas de travaux sur le devenir des adolescents qui ont toujours été végétariens, il est probable qu'ils ne courent pas de risques, à condition de ne pas supprimer certains groupes d'aliments au moment de l’adolescence. Il est donc souhaitable de suivre très attentivement les adolescents végétariens afin de dépister la survenue de troubles du comportement alimentaire et les carences qui en découlent.

Source : institutdanone.org