Dans les unités de troubles alimentaires de l'hôpital Sainte-Justine ou du Douglas à Montréal, il y a peu de garçons. En fait, ils représentent environ 10% des cas. Parmi les motifs qui poussent un adolescent à entrer dans ce mystérieux et déraisonnable jeûne, qu'est-ce qui distingue les filles des garçons?

«Pour moi, il n'y a pas de différence majeure, dit le Dr Howard Steiger, psychologue et chef de service du Programme des troubles de l'alimentation à l'hôpital Douglas. Chez les filles, comme chez les garçons, on observe les mêmes caractéristiques. Selon moi, cette maladie n'a pas de sexe. Chaque cas est unique.»
Si les femmes sont plus touchées que les hommes par les troubles alimentaires, c'est, de l'avis du Dr Steiger, à cause d'une pression socioculturelle beaucoup plus forte. «Cela dit, j'observe une pression de plus en plus grande chez les hommes depuis quelque temps. On assiste par exemple à une augmentation des cas de boulimie.»
Jean Wilkins, pédiatre et spécialiste des troubles alimentaires à l'hôpital Sainte-Justine, rencontre sur une base régulière de 125 à 140 patients aux prises avec un trouble alimentaire. Ce médecin, qui compte 38 ans d'expérience dans le domaine des troubles alimentaires, en a ras le bol du discours sur l'obésité chez les enfants, un phénomène qui touche autant les filles que les garçons. «Ce discours est vraiment exagéré. Je vois maintenant des garçons rondelets qui se font vomir. Moi, je dis: laissons donc tranquilles les jeunes qui sont obèses. Ils ont bien assez de choses à régler comme ça.»
Auteur de l'ouvrage Anorexia, enquête sur l'expérience de la faim, Jean-Philippe de Tonnac croit que c'est parce que les garçons connaissent leur puberté plus tard que les filles -deux ans en moyenne- qu'ils sont préservés de ce syndrome. «Ce retard leur laisse certainement le loisir de développer des mécanismes intrapsychiques et comportementaux d'adaptation au changement pubertaire», écrit-il.
Plusieurs chemins peuvent mener à l'anorexie ou à la boulimie. Ceux-ci présentent des défis importants pour les thérapeutes. «Ça peut être une forme d'évitement, mais ça peut être un cas d'obsession du corps, dit le Dr Steiger. Chez les garçons, on trouve notamment des cas de jockeys, d'athlètes ou de danseurs qui vivent ce genre de problème.»
Quelques-uns des patients du Dr Jean Wilkins sont des garçons, mais certains sont aussi des hommes majeurs et vaccinés. «Je vois des garçons. Mais je vois aussi des hommes de 30 ou 40 ans. J'en vois aussi de 60 ans.»
Si l'obsession de la minceur touche surtout les filles pubères, la folie de la musculation et la quête du corps musclé fait, depuis quelques années, des ravages du côté des garçons. «C'est vrai que plusieurs personnes associent ce phénomène aux problèmes d'anorexie, de boulimie et de dysmorphobie, qui est une obsession pour une partie du corps en particulier», explique Howard Steiger.
Jean-Philippe de Tonnac fait partie de ceux qui pensent que certains problèmes comparables à l'anorexie se cachent derrière le souci de l'exercice et du sport. Ayant lui-même traversé l'épreuve de l'anorexie, l'auteur et journaliste croit qu'on devrait comptabiliser les cas graves d'hommes qui, obsédés par leur corps, consacrent plusieurs heures par semaine à le sculpter, à le modeler et à le travailler dans ces antres du muscle qu'on appelle les gym.
«Des coureurs impulsifs, des body-builders acharnés à se faire une ceinture de chasteté contre un monde agressif (...), des hommes parvenus au mitan de leur vie qui prennent, sous la pression montante des industries de la minceur qui ne les lâcheront plus, conscience d'un laisser-aller hypothéquant leur chance de séduction sur un marché où il faut remettre sans cesse sur le métier ses sentiments amoureux et ses aptitudes professionnelles», écrit-il avec ardeur dans le (trop) rare passage sur la question des hommes anorexiques.

Source: cyberpresse.com

Auteur: Mario Girard



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