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Plan
de l'article:
I- Epidémiologie
L'anorexie touche seulement une personne sur 100 000 dans l'ensemble de
la population, mais une femme sur 200 entre 14 et 18 ans. Les hommes ne
seraient concernés que dans 5 à 10% des cas (1
homme pour 9 femmes).
L'anorexie est définie comme:
* un refus de maintenir le poids corporel au niveau ou au-dessus d'un
poids minimum normal pour l'âge et pour la taille
* une peur intense de prendre du poids ou de devenir gros, alors que le
poids est inférieur à la normale
* une altération de la perception du poids ou de la forme de
son propre corps, une influence excessive du poids ou de la forme
corporelle sur l'estime de soi, ou un déni de la
gravité de la maigreur actuelle
On retrouve souvent chez les anorexiques des facteurs
déclenchants.
Parfois ils sont évidents mais souvent, ces traumatismes
sont telles
que l'anorexique les a refoulé. Cela devient alors une sorte
d'obsession: l'anorexique veut savoir le "pourquoi". On peut remarquer
cependant des facteurs qui serait à l'origine de
l'apparition des
troubles anorexiques:
* Séparation avec la famille
* Relation amoureuse
* Echec ou succès à un examen
* Abus sexuel subis
* Séparation avec une personne avec laquelle l'anorexique
avait une relation très privilégiée
(frère, meilleure amie...)
Il existe deux types d'anorexie:
Le
type restrictif:
Pendant l'épisode actuel d'anorexie, le sujet n'a pas, de
manière régulière,
présenté de crise de boulimie ni recouru aux
vomissements procoqués ou à la prise de purgatifs
(laxatifs, diurétiques, lavements)
Le
type avec crises de
boulimie/vomissement ou prise de prugatifs:
Pendant l'épisode actuel d'anorexie, le sujet a, de
manière régulière,
présenté des crises de boulimie et/ou recouru aux
vomissements provoqués ou à la prise de purgatifs.
L'âge de début moyen est de 17 ans, et
l'évolution est très variable: cela va de
l'épisode unique à une évolution
longue entraînant de multiples hospitalisations.
L'anorexie fait partie des troubles addictifs, et se rapproche ainsi
des troubles borderline, centré autour de la perturbation de
l'image du corps. L'anorexie serait un combat contre une
individualité qui s'évanouit.
II-
Les signes de conflit mental
L'anorexique a une apparence trompeuse: douce, calme,
agréable, intelligente, minimise (ou nie) ses troubles et
assure qu'elle va se reprendre. Mais en parrallèle, elle
présente certaines attitudes étranges
vis-à-vis de la nourriture, de sa santé, et de
son corps.
1)
Restriction alimentaire
La
restriction volontaire est très rarement reconnue
d'emblée, l'anorexique rationnalise sa restriction par des
excuses prises au hasard et souvent sans fondement pour autrui:
douleurs abdominales, ventre gonflé...
La restriction est souvent cachée à l'entourage
par des manoeuvres témoignant d'un
intérêt excessif pour la nourriture: l'anorexique
fait la cuisine pour toute la famille par exemple. Mais parfois elle
est exhibée fièrement par
"ésthétisme".
On peut notamment repérer cette restriction par trois signes:
* L'anorexique mange peu, selectionne ses aliments
* L'anorexique provoque des vomissements post-pandriaux
(après le repas)
* L'anorexique abuse des laxatifs, vomitifs, diurétiques et
des lavements.
2)
Dysmorphophobie.
Cela se traduit dans le discours de l'anorexique par une peur intense
et permanente de grossir. L'anorexique vise un idéal de
minceur alors qu'elle est déjà très
maigre. L'anorexique va alors se peser à chaque fin de
repas, faire de nombreux régimes hypocaloriques et mesurer
continuellement ses "rondeurs" (notamment les cuisses).
3)
Anosognosie.
Le déni des troubles se traduit notamment par une attitude
d'indifférence face à la maigreur, elle
éprouve même au contraire un sentiment de
bien-être et de force contrastant avec sa maigreur. Cette
sensation permet à l'anorexique de supprimer ses angoisses,
son sentiment de vide et de dépression. Elle ne
s'inquiète en aucun cas de son état de
santé. Ce déni des troubles est bien sur
à l'origine d'un retard dans le diagnostique et donc dans la
prise en charge de la patiente.
4)
Hyperactivité.
L'anorexique pratique souvent un sport voire plusieurs, afin de perdre
des calories (souvent non ingérées) et de prouver
ses capacités de maitrise et d'ascétisme. Elles
peuvent en mourir d'épuisement mais disent ne pas ressentir
de fatigue ou de malaise. On associe souvent l'anorexie, qui est une
addiction, à l'addiction au sport.
5)
Affectivitée limitée.
LA vie sexuelle est inexistante: absence d'activité
masturbatoire, absence de désir sexuel. La
sexualité est plutôt vécue sur un mode
automatique ou pragmatique. Les contacts sociaux sont
réduits mais grâce à internet par
exemple, elles peuvent présenter une pseudo-adaptation
sociale.
III-
Les signes somatiques.
Les symptômes somatiques sont ceux d'un état
carentiel:
* signe de dénutrition
* hypothermie constante,
altérations dentaires
* fontes musculaires, yeux
enfoncés dans leurs orbites
* peau violacée, froide et
moite (problème de circulation)
* cheveux ternes et secs, ongles
striés, cassants
* oedèmes de carences (aux
chevilles)
* visages ridés,
creusés, effacement des fesses et des seins
* constipation
* tension artérielle basse,
bradychardie par hypovolémie
IV-
Approche psychopathologique.
1)
Les relations intra-familiales.
a- situation de
dépendance à l'égard de la
mère:
Les désirs et les besoins de l'anorexique
dépendent du regard des autres sur elle. Son amour-propre
est en miroir du plaisir narcissique qu'elle procure à sa
mère. La mère n'accepte pas l'existence d'un
désir propre et spécifique de son enfant, elle
projette sur sa fille l'image d'une enfant imaginaire, de son
imaginaire, enfant sans individualité propre.
b- relation avec
le père: rejet ou rapprochement:
La relation de proximité, reproduisant celle à
l'égard de la mère, est plus explosive en raison
de la sexualisation, propre à l'adolescence. La reviviscence
du conflit oedipien, dans cette agrégation familiale
où les identités sexuelles et
générationnelles sont mal définies,
prend ici une place centrale. On retrouve souvent un effacement des
barrières entre les générations: le
couple parental se désagrège au profit des
couples mère-fille et/ou père-fille. Les rapports
de séductions sont souvent déplacés,
ils ne s'instaurent plus à l'intérieur des
couples officiellement constitués, mais ils ont lieu entre
certains adultes et certains enfants -ou petits enfants - de la
famille.Ce sont des couples qui traversent les
générations.
c- parentification des
enfants:
Ces familles forment souvent un agrégat solide dans lequel
ces personnes sont confinées et tenues au secret par peur
des situations conflictuelles. Toute forme d'agressivité
directe est évitée.
L'anorexique dénigre ses ascendants, elle souhaiterait ne
pas avec ses ascendants là et être son propre
géniteur. Quand la personne devient anorexique, de plus en
plus maigre, il y a une mise à mort de son propre corps qui
est parfois une volonté de revivre, tout en la
déniant, la scène primitive.
Avec la confusion des identités respectives de chacun, les
enfants doivent alors rassurer et conforter leurs parents dans un
rôle de parent idéal.
2)
Anorexie et décorporation.
L’anorexique
procède à une mise à mort de son
propre corps, il s’agit
d’un rejet de sa propre naissance, de la
présentification d’une non-naissance, de la haine
qu’elle ressent au sein de sa
propre famille et même de sa propre mort. Il s’agit
bien de rejeter ce corps
pour symboliser la façon dont l’enfant
s’est sentit rejetée.
L’anorexique
répond
assez souvent à un traumatisme des relations
d’objet précoce et à un
vécu très difficile des images parentales
elles-mêmes souffrantes, c’est
pourquoi les parents d’anorexique ne sont pas
d’accord pour faire une thérapie
ni pour leur enfant, ni pour eux-mêmes. Ils connaissent les
haines de leur
famille et la honte qu’ils en éprouvent. On a donc
de rares exceptions qui sont
souvent dues à ce que l’un des deux parents
souffrent un peu moins. Bien
souvent, au début du traitement, les parents choisissent de
rester dans le
non-dit, ils sont dans l’aconflictualité, mais
peuvent aussi se trouver dans la
dépressivité, voire la mélancolie.
C’est parce que l’anorexie touche à la
mélancolie que l’on a des passages à
l’acte suicidaire, notamment de la jeune
anorexique qui refuse de s’alimenter.
3)
Fantasme de toute puissance et d'omnipotence.
L’anorexie
apparaît comme une recherche paradoxale d’autonomie
par
l’utilisation de la maîtrise et de
l’autorité. La jeune fille tente de destituer
le pouvoir parental ou de la faire vaciller. La jeune fille
prend une attitude de défi par rapport aux lois de
la nature, mais c’est aussi par rapport aux parents car elle
s’attaque à la
source de vie que ses parents, et atteint ses parents en tant que
source
vitale. Ainsi, elle refuse
l’hospitalisation, et n’y accède que
contrainte et forcée. Elle idéalise de
façon pathologique son propre corps. «
être belle » pour l’anorexique
signifie « être
maigre » dans une recherche du corps maigre. Elle
maîtrise au gramme près le poids de son corps et
maîtrise sa forme d’une façon
extéroceptive, par contre, elle
maîtrise aussi ses sensations intéroceptives dans
la mesure où elle va parvenir
à avoir des dégoûts à propos
des aliments, ainsi qu'une diminution de la sensation de la faim
(la faim est instinctuelle) → c’est comme si elle
portait un anneau gastrique.
Le résultat de tout cela, c’est que son corps perd
ses formes féminines, comme
si elle renonçait à la séduction,
comme si elle renonçait à
l’épreuve, au
désir, comme si elle renonçait à toute
relation interhumaine où la sexualité
jouerait un rôle.
V-
Traitements.
Il s'agit d'une urgence médico-psychiatrique. Plus on tarde
à consulter, plus on ira vers une autonomisation, un
auto-renforcement du symptôme et une identification totale de
la patiente à ce dernier.
Dans la mesure du possible, il est important d'assurer une
continuité de l'action thérapeutique par la
même équipe.
La
guérison est rarement obtenue pour une durée de
traitement inférieure à 4 ans.
Pour les anorexies les
plus
légères, ou encore pour les formes de la maladie
repérées à un stade
précoce, le traitement ne nécessite pas
d'hospitalisation. Il arrive
toutefois que la gravité du tableau psychologique et de
l'atteinte
physique de la malade soit telle qu'une hospitalisation s'impose.
Parfois même, la patiente devra être prise en
charge de façon urgente
dans un service de réanimation et alimentée par
perfusion intraveineuse
et sonde gastrique.
Dans le cas où il y a nécessité
d'hospitaliser la patiente:
a- séparation
d'avec le milieu familial habituel:
Son but n'est pas répressif, mais elle permet à
l'anorexique d'aménager avec ses parents une relation
nouvelle, non conflictuelle et de s'ouvrir à d'autres modes
relationnels.
La séparation a lieu lors d'une hospitalisation. Dans un
premier temps, la patiente ne reçoit ni visite, ni
correspondance, ni permission. En revanche, les activités
thérapeutiques sont autorisées, sauf la
gymnastique.
b- surveillance du poids:
La pesée est quotidienne et surveillée.
En accord avec la patiente, deux contrats peuvent être
établis:
* un
poids de levée d'isolement: lorsque
celui ci est dépassé, les visites, le
téléphone, les permissions et le courrier sont
autorisées.
* un
poids de sortie d'hopital: lorsque celui ci est
dépassée, la sortie est définitive.
c- réalimentation:
La réalimentation est progressive et les menus sont fait en
collaboration avec une diététicienne. La prise
des repas est surveillée ainsi que le dépistage
des vomissements post-pandriaux dissimulés. Les
diurétiques, laxatifs, vomitfs etc sont
arrêtés.
d- entrevues
fréquentes:
La collaboration thérapeutique avec les parents est
indispensable. Les entrevues doivent permettre
l'établissement d'une nouvelle relation avec leur enfant.
Il faut éviter les conduites d'emprise et de manipulation de
la part de la patiente auprès de l'équipe
soignante. En effet, la patiente tente de recréer les
mêmes liens pathologiques que ceux qu'elle entretenait avec
sa famille. Il faut donc absolument garder un lien entre les
différents membres de l'équipe mais aussi avec la
patiente.
Souvent on propose ainsi un traitement pluridisciplinaire, consistant
en une rééducation nutritionnelle, avec
assistance médicale, une psychothérapie
individuelle cognitive ou comportementale (parfois analytique), et une
thérapie familiale si la patiente a moins de 18 ans.
VI-
Evolutions.
Statistiquement, 30 % des cas
évoluent favorablement, pour un deuxième tiers,
la guérison est
incomplète (l'anorexie subsiste entrecoupée de
phases boulimiques).
Enfin, dans le dernier tiers des cas, on assiste à une
aggravation des
conséquences physiques et psychologiques de
l'anorexie.
A la longue les conséquences du
refus alimentaire sont
graves car face aux diverses carences, le corps se protège
en
ralentissant son métabolisme ainsi que certaines fonctions
vitales. La
production d'hormones thyroïdiennes
décroît, la tension artérielle peut
s'abaisser. Les organes vitaux comme le coeur et le cerveau peuvent
être détériorés.
Chez les adolescentes en pleine
croissance, les
carences nutritionnelles ralentissent et parfois arrêtent le
développement de l'anorexique. Ces dernières sont
également néfastes à
long terme : ainsi le manque de calcium prédispose
l'anorexique à l'âge
adulte à l'apparition de l'ostéoporose.
Enfin, sur le plan psychologique l'anorexique peut dans les cas les
plus préoccupants, s'enliser dans la dépression.
La souffrance morale
est alors de plus en plus intolérable et peut mener
à la toxicomanie et
au suicide. D'où l'importance d'une prise en charge
à la fois précoce,
étroite et prolongée.
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