Salut! Je suis nouvelle sur ce forum, je vois qu'il n'y a pas beaucoup de réponses à ton message, peut-être parce que tout le monde le fait en privé ou bien que ça fait trop longtemps... En tout cas je vais te répondre ici, brièvement, ce sera une occasion de me présenter à tout le monde et si tu veux en savoir plus tu peux toujours me joindre en privé, sinon j'aurai au moins eu le plaisir égocentrique de répondre à des questions sur ma vie :)

1) Parle-moi un peu de toi : ton âge, ta composition familiale, tes études... (bonne élève ou pas)
J'ai 23 ans, je suis étudiante en sciences économiques à l'université, j'habite avec des amis donc pas de pression familiale au quotidien, heureusement! quant à ma famille, je ne parle plus à ma mère depuis longtemps, justement, entre autres, à cause de tous mes petits séjours en psychiatrie
2) Peux-tu me définir selon toi l’anorexie/ la boulimie ?
J'ai commencé à surfer sur internet en cherchant une adresse et je suis tombée sur de nombreux sites où des adolescentes parlent de leur "amie Ana/Mia". Je n'ai jamais personnalisé mon TCA, l'anorexie n'est pas une amie, c'est simplement le nom que d'autres ont donné à ma volonté, au plaisir d'être vide, pure, légère. C'est peut-être aussi abstrait de voir la pureté dans ce qui n'est finalement qu'un régime malsain poussé à l'extrême mais c'est ainsi que je le ressens, c'est ainsi que je le vis, depuis peut-être trop longtemps...
3) Comment cela a commencé ? As-tu pu identifier des causes ? (événement particulier, norme de la minceur, régime...)
Ca a commencé dans l'année de mes 12ans, lorsque mon corps commençait à changer. J'étais alors dans une grande école de danse (je ne m'étendrai pas là-dessus, je ne tiens pas à impliquer cette école qui m'a tant donné dans mes problèmes) et le régime faisait partie de l'énorme volonté et du contrôle de chaque instant qui participent à la pratique de tous les sports de haut niveau. Je ne sais pas à quel moment ça a basculé vers ce que les psychiatres nomment ma "maladie", je pense que ça l'a toujours été. Sans l'être.
4) A quel moment ton entourage s’en est-il aperçu ? Quelles étaient tes stratégies pour leur cacher ?
Personne ne s'étonnait qu'une danseuse soit mince et surveille son alimentation. Danser était une attitude de chaque instant. Plusieurs années se sont passées, mes restrictions restaient drastiques et je continuais à danser. Avec le recul, peut-être que je me faisais du mal, mais c'était un sacrifice nécessaire, la volonté dirigeait tout et m'amenait au bout de moi même, dans tous les domaines. C'était magnifique.
Puis il m'est arrivé le truc le plus stupide du monde, j'avais entre 15 et 16ans, et j'ai eu ce que beaucoup d'ados ont à cet âge là: une déception amoureuse. J'ai commencé à prendre de la cocaïne, pour lui plaire, pour le ramener, pour l'oublier, pour faire partie de son monde et lui montrer que j'étais grande, que j'étais à lui, que mon corps était à lui, même dans la destruction. Surtout dans la destruction. Ca semblait tellement romantique.
Evidemment c'était incompatible avec mes entrainement cette vie d'excès et de conneries, cette vie de nuit et la fatigue du lendemain, en croyant mener sur tous les plans, je me suis finalement effondrée et j'ai fini à l'HP.
5) Quelles étaient tes pratiques pour perdre du poids ?
Avant ma première sortie de l’hôpital je ne me faisais jamais vomir. Je me convainquais que je n'avais jamais de temps pour manger, et lorsque la faim était trop tiraillante, j'allais m'entraîner jusqu'à tomber par terre, jusqu'à oublier. Cette volonté énorme poussait mon corps jusque dans ses derniers retranchements. J'allais jusqu'au bout de moi-même et je m'y sentais bien.
Après tout a été différent, je suis restée neuf mois à l'hosto, dont de nombreux jours couchée dans un lit, autant dire que ce n'était même plus la peine de repenser à danser. J'avais perdu tellement et le monde avait continué à tourner sans moi, indifférent à mon absence, moi qui me croyait tellement exceptionnelle. Alors j'ai commencé à maigrir, puisque j'étais invisible j'allais disparaître.
6) Qui a posé sur toi le terme d’anorexique/ boulimique ? En avais-tu conscience ? Quelle était la vision de toi-même ?
C'est quand j'ai été hospitalisée que cette étiquette est tombée. Je me suis retrouvée internée pour dépression et désintoxication, j'avais fait une sorte de "burn out" comme on dit maintenant, celui des gens stressés qui n'arrivent pas à tout mener de front, je n'en pouvais plus sans pour autant vouloir mourir. Une fois là bas, ils m'ont trouvé divers problèmes, j'étais borderline, j'avais une personnalité dépendante et souffrais d'anorexie mentale. Au début je me suis révoltée, ils ne comprenaient rien, je voulais juste danser. Danser. Et je voulais qu'on m'aime.
Puis j'ai fini par faire semblant d'avoir compris, et de vouloir guérir. Maintenant encore, je ne sais toujours pas si j'y crois vraiment, à cette guérison.
7) De qui relevait l’hospitalisation ? (toi, famille, médecin,...)
De ma tante qui est psychologue et de son mari, médecin. Je leur ai voulu longtemps, je me suis sentie trahie, moi qui les aimais comme une famille, ils m'ont vue comme un cas médical, un problème à résoudre, froidement.
8) A ton arrivée en hospitalisation dans quel état d’esprit étais-tu ? (le déni, la coopération,...)
Les premiers jours j'ai vraiment pété les plombs, ensuite je me suis mise dans le déni le plus total, je les détestais, ils m'enfermaient alors que je voulais retourner à ma vie. Mais avec le recul, encore une fois, je ne suis pas sure que tous mes souvenirs de cette période soient pleinement objectifs, j'ai juste l'impression de me trouver face à une énorme injustice, écrasée par un mur de froide incompréhension, presque d'indifférence. Personne ne comprenait ce que j'étais vraiment, je ne voulais pas porter le nom de leur maladie mais le mien, celui de ma volonté et de mon ambition.
9) Quelles étaient tes relations avec l’équipe soignante ? Et avec les autres patientes ? (rivalité, solidarité, ...)
C'était l'HP quoi, indescriptiblement cinglant dans son désespoir. Mortel et fantasque dans l'ennui de ses jours. On n'y est jamais seul et toujours solitaire, un refuge obligé dont on languit de s'échapper et où on veut revenir se pelotonner. Des horribles souvenirs. Qui m'ont peut-être aidée.
10) Les professionnels soignants disent que les patientes anorexiques sont plus difficiles que les autres patients, qu’en penses-tu ?
C'est terriblement dur de soigner quelqu'un contre sa volonté. Et l'expression prend ici toute sa force: contre sa volonté. Lorsque quelqu'un à une volonté si grande qu'elle peut la mener au bord de la mort en lui donnant des ailes, qui peut donc prétendre les arracher pour toujours sans la laisser exsangue?
11) Penses-tu que l’on peut guérir de l’anorexie/ boulimie ? Où en es-tu ?
On n'en guérit jamais. On est juste parfois plus ou moins éloigné du gouffre. Je pense qu'on ne se débarrasse jamais de cette part de soi que les autres appellent "malade", et je pense qu'il ne faut pas essayer de l'étouffer. C'est ce qui fait la finesse et la beauté de l'individu. Il faut juste essayer de ne pas se laisser tuer par la parcelle d'ombre qui pourrit notre coeur, c'est ce que j'essaye de toutes mes forces, en attendant d'y arriver.
Voilà :)
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