Cette année fut pour moi difficile : j'étais hyperphage pendant des années à mon adolescence mais j'ai la "chance" d'avoir un corps qui ne grossit pas trop - je reste à la limite d'un IMC normal, vers les 24-25 - et les médecins n'ont jamais pensé une seconde que j'avais de gros gros problèmes avec la nourriture - que j'ignorais moi-même !!!
Puis, de retour en France (avant, j'étais au Maroc), société de consommation, société des supermarchés, sociétés de pubs qui vous harcèlent et vous forcent inconsciement à vous ruer sur des aliments, j'ai commencé les crises de boulimie. Les grosses, les vraies, les insupportables, celles ont eu a mal au ventre tellement on a avalé jusqu'à l'étouffement.
Je lisais un manuel de psycho... Et là, par hasard, je découvrai la définition de la BOULIMIE.
C'était moi.
Cette révélation fracassante m'a boulversée. Fallait que je cesse d'être "soumise" à la compulsion violente - violeuse - alors, je me suis anorexié. J'ai mon calendrier, j'ai commencé le 1 janvier. Arrête de nourriture, une mandarine par jour seulement et j'ai tenu...
J'ignore combien de kilos j'ai perdu, je n'avais pas de balances mais assez pour que je flotte dans mes pantalons et pour qu'on me fasse des remarques "tes joues se creusent..."
Puis, on m'appelle, mon père est malade, il va mourir... Alors, je replonge dans la boulimie parce que j'ai froid et je ne le supporte plus. Puis "ça". Mon père meurt.
Il faut retourner au Maroc, s'occuper des questions d'héritage, c'est la misère totale. Je reviens en France, mars, je deviens folle, je fais une "purification" que les autres appellent TS. Ma purification fut efficace, je n'avais plus d'hallucinations et j'ai, du jour au lendemain, stoppé les automutilation. Mais la boulimie reste, se fait plus brutale, j'alterne avec privations anorexiques. Je descends, je remonte, descends, remonte.
Je remonte la pente malgré tout, doucement. 3 mois passent puis on m'apprend que ma grand-mère (avec qui je vis) va mourir - cancer. (ouais, je cumule lol) J'aurais plus de famille, elle est entièrement dépendante maintenant et côté bouffe, c'est l'apocalypse boulimique.
Là, je mange pour pas sombrer dans la dépression alors qu'en fait, je crois être en plein dedans, disons simplement que je craque pas parce que je n'ai pas le droit - ma grand-mère a besoin de soin, puis y'a toutes ces questions pécunières, ces responsabilités... Y'a le "qu'est-ce que je vais devenir ?", faudra trouver un job pour survivre, je suis seule, ça y est, orpheline à 21 ans. Je peux pas me laisser aller...
Alors, je "mange" - même dans la rue, partout, je m'en fous, je mastique pour broyer du noir. Et j'ai peur que bientôt, je vais cesser de manger. Le jour où je pourrais craquer, je vais me laisser tomber, mon poids aussi va tomber. J'ai peur d'Ana.



