J'ai découvert ce forum grâce aux fameuses règlettes (
Tout a commencé aux environs de Noël 2000, j'avais 16 ans et demi et j'étais en terminale (famille monoparentale, très bonne élève, pas de petit ami, etc... Le gros stéréotype de l'anorexique) Je suis montée sur la balance et j'ai vu 60. Je n'étais jamais montée au delà de la cinquantaine, ça m'a fait un choc (je mesure 1m67, je n'étais donc pas grosse ! Mais, magazines, télé... Je sentais que je m'éloignais des modèles que je voyais tous les jours...)
J'ai commencé un régime, de plus en plus restrictif, avec du sport, de plus en plus...
Au début de l'été, j'avais perdu presque 15kg. Je ne mangeais pas beaucoup, et je faisais au moins 4h de sport tous les jours (alors que je n'en faisais pas du tout avant) Je me sentais belle, ma famille ne paraissait pas s'inquiéter... Je voulais encore perdre du poids.
Mon gros problème, à cette époque, c'est que j'étais (et j'ai toujours été) gourmande. Difficile pour moi de résister à un gâteau, ou un croissant. Parfois je cèdais. J'ai voulu me faire vomir une fois, je n'y suis pas arrivée. Je me suis dit "si tu te fais vomir, c'est que tu es malade", et je ne voulais pas me dire que j'étais malade. Alors, j'ai trouvé une autre technique compensatoire : faire encore plus de sport.
Et puis, à la rentrée, avec le changement de classe, de lieu de vie, etc... J'ai peu à peu craqué. Avec mes études, j'ai dû renoncé à toutes ce sheures de sport. J'ai même fini par complètement arrêté. J'ai retrouvé le plaisir de manger. Je me croyais "guérie". Mais ce n'était que le début.
En quelques mois, j'ai repris plus de 20kg, à force de manger n'importe quoi et de ne plus bouger. C'est une forme de boulimie aussi, même si je ne me faisais pas vomir et ne faisais plus de sport...
Ma mère a commencé à manifester des signes d'anxiété. Elle m'a emmené voir une endocrinologue (je n'avais plus de règles depuis plus d'un an), puis une diététicienne. J'ai menti sur les interrogatoires alimentaires pour ne pas entendre le diagnostic de TCA...
Puis, j'ai trouvé un copain. J'ai essayé de prendre les choses en mains. Je suis redescendu au poids de départ, les fameux 60kg. Et oui, tout ça pour ça...
Les années ont passé, j'ai continué à faire des crises de "boulimie" (toujours sans compensation), me disant que je ne guérirai sans doute jamais, que j'allais devoir vivre avec ça. Je prenais quelques kg par an, inexorablement.
Enfin, j'ai rencontré mon ami actuel. Nous avons pris un appartement ensemble (depuis décembre) Il est prof ; pendant les vacances il était à la maison tous les jours, moi je travaillais le matin, je n'avais aucun moment seule, pas moyen de me jeter sur un paquet de biscuits en cas d'angoisse. Je me suis dit que c'était lui que j'attendais pour guérir...
Nous nous marions l'année prochaine.
Actuellement, je pèse 71,5 kg, je fais un "régime" pour rentrer dans ma robe (déjà achetée !)
En fait, mon chéri, qui connaît ce que j'ai enduré, ne veut pas entendre parler de régime. Il parle plutôt de "perdre de mauvaises habitudes alimentaires". Nous nous sommes fixés une fourchette de poids, avec une valeur maximale à ne pas dépasser (pour rester celui qui a séduit l'autre), mais aussi une limite inférieure (pour ne pas se laisser emporter dans uneperte de poids qui paraît si facile...) (ma fourchette de poids c'est 62 - 67kg mais je crois que le 62 ce sera pour après le mariage sinon ma robe va flotter !)
Je ne peux pas vraiment dire si je suis guérie. Je sais bien que dans les moments de gros stress et de solitude, j'aurai toujours besoin de petites douceurs. Mais aujourd'hui, je m'accorde 3 biscuits, je referme le paquet et je me dis que le reste sera pour demain. Et je peux vous assurer que je les savoure d'autant plus comme ça !
Je suis étudiante en médecine, je travaille dans un service d'endocrinologie qui prend en charge des anorexiques et des boulimiques. Malgré mon passé, j'ai dû mal à savoir comment les aborder, les aider.
Nous sommes toutes différentes... Mais si mon récit peut être utile à celles, qui, comme moi, ont vécu (ou vivent encore) ce terrible problème alimentaire, je serais bien sûr ravie de parler avec elles...
Courage !





