Dans ma petite famille, la discorde arriva au grand
galop. L’alcool avait envoûté ma mère et la faisait devenir aigre et méchante
avec les gens de son entourage. Bientôt, les seuls membres qui composaient ma
famille se séparèrent et refusèrent de s’adresser la parole.
Ma famille du côté maternelle est alcoolique. L’alcool
transforme les gens, il les détruit et détruit ceux autour d’eux. N’allant pas
chez mon père très souvent, je passais de la maison de ma mère à celle de sa
sœur, toutes deux au prise avec l’alcool. Deux gentilles personnes je le répète
encore parce que je ne veux pas mentir et dire qu’elles ne m’ont voulu que du
tord. Seulement elles ont fait des erreurs.
À mes douze ans, alors que je venais à peine de me
rapprocher de mon père qui constatait que j’avais besoin de lui, besoin d’une
épaule et d’un cœur pour m’aimer comme j’étais, la route m’enleva cruellement
cet homme que j’apprenais à aimer.
Je fus donc prise au dépourvu. Ma mère était de plus en
plus dépressive, alcoolique et suicidaire même parfois. Elle pleurait mon père,
elle disait le détester… elle devait toujours attirer l’attention allant même
jusqu’à me voler mes sentiments. Si je pleurais elle pleurait plus que moi, elle
devait toujours être la pauvre petite fille dont il fallait prendre soin…et ce
même si elle déclarait haut et fort qu’elle se voulait indépendante, forte et
autosuffisante…moi, je devais être là de la façon dont elle le voulait afin de
répondre à un certain besoin de contrôle qui lui permettait de se croire adulte.
J’essayais tant d’être aimé. Comme tout le monde
attendait de moi des choses différentes venant de moi, je me suis donc
transformé en caméléon prenant la couleur de la personne en face de moi. Ainsi,
je ne suis jamais connu. J’ai joué à être telle personne ici et telle autre là.
J’ai donc commencé mon métier d’actrice très tôt!! Ahahhah Quand même, il est
tellement facile pour un enfant de se perdre de vue et cela complique
grandement son arrivée dans l’âge adulte.
Jamais je n’ai dit à quel point j’avais mal. En
étais-je vraiment consciente? J’étais si mélangée. Tout ce que je sais c’est
que je suis tombé dans les griffes de l’anorexie à l’âge de 16 ans. L’anorexie,
la bonne amie qui me tendit la main en me disant que malgré tout j’étais forte
et en contrôle.
Au début, je suis consciente qu’elle m’aida à affronter
ma douleurs et mes peurs en me protégeant d’une quelconque façon contre ce que
je vivais. Mais l’arnaque ici est qu’il devient extrêmement difficile de s’en
sortir une fois le mécanisme déclancher. Les sables mouvants nous amènent
toujours plus creux.
J’ai donc comment par un simple régime. Je venais de
terminer mes études secondaires (système d’éducation du Québec ), je vivais
avec la sœur de ma mère depuis maintenant un ans. On déménageait dans une autre
ville, où j’allais commencer de nouvelles études. Durant ma dernière année,
j’avais vécue beaucoup de stress avec la situation de ma mère qui empirait et la
guerre familiale. J’avais compensé un peu dans la nourriture en ne me souciant
pas vraiment de ce que je mangeais. J’étais donc bien en chair, mais encore là
rien d’alarmant.