Par contre, un membre lointain de ma famille a sentie le
besoin de faire passer le mot dans toute la famille complet que je devais
commencer à faire un peu plus attention. Quelle honte. Moi qui ne connaissais
pas vraiment cette famille, voilà que des messages à mon intention y
circulaient déjà.
J’ai donc pris la décision de maigrir un peu. En coupant
d’abord les collations et les trucs anti-santé. Et puis, peu à peu j’ai diminué
le déjeuner, et puis le repas du midi… et puis celui du soir. J’ai ajouté
l’exercice. Je faisais des « randonnées » de rollerblades entre mes
heures de cours. Je ne mangeais presque rien et j’ai perdu beaucoup de poids.
Ensuite, alarmé par mon état, ma famille me fit
consulter une diététiste (qui en entendant mon histoire c’est presque mit à
rire devant mon refus de m’alimenter) qui m’informa des bons et mauvais
aliments. Les produits raffinés, les mauvais sucres et tout. À partir de ce
moment là, le peu que je me permettais de manger ne convenait plus du tout. Le
casse-tête de la nourriture devint encore plus complexe et préoccupant.
Je me suis aussi mise à consulter un psychologue qui
m’aida à prendre conscience de la colère que je ressentais face à ma famille. À
ma mère surtout. Je lui ai longtemps fait porter le flambeau du blâme!!
Enfin, toujours est-il que j’ai commencé à constater ce
jour là tout le pouvoir et toute la peine que je causais autour de moi… et
j’aimais cela! Enfin on m’entendait et on se rendait compte que quelque chose
clochait vraiment, que je ne passais pas à travers toutes ces épreuves
aisément. Je me souviens même avoir dit à une de mes rencontres que j’étais
prête à mourir plutôt que de me remettre à manger et de faire plaisir aux gens
autour de moi.
Quand même, je voulais m’en sortir pour moi… un peu…
peut-être pas tant que ça!! Mais bon voilà, j’avais le projet de faire un
échange étudiant dans l’année qui suivait afin de parfaire mon anglais. J’avais
aussi espoir que peut-être l’éloignement m’aiderait à guérir et à exprimer
enfin qui j’étais. Puisque mon entourage allait être totalement nouveau et ne
me connaissait pas encore, j’aurais la possibilité d’être moi-même, ou ce que
je croyais être moi, sans avoir l’impression de trahir quelqu’un.
Les démarches et les rencontres faites, je dû, comme
dernière étape, avoir l’approbation de mon médecin afin que les organisateurs
ait la certitude que j’étais en pleine forme pour effectuer ce transfert de
vie. Comme je pesais très peu (79lbs pour 5’3 ‘’), mon médecin, qui
croyait aussi que l’éloignement pouvait m’aider, me dit que si j’arrivais à
prendre 30 lbs donc environ15kg en un mois je pourrais partir.
Pleine d’espoir, j’ai donc mangé et mangé sans arrêt
durant un mois complet, sans tenir compte de la qualité de la nourriture que
j’ingérais. Comme une crise de boulimie étalée sur un mois complet. Et j’ai
atteint le poids requis pour mon départ. Par contre, une fois là-bas, je ne
comprenais plus ce qu’était que se nourrir. Je ne connaissais pas mes signaux
de faim, je me sentais horriblement gonflée et j’ai eu peur.