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Alors donc voici je fais une
confession haut et fort : Je suis anorexique depuis maintenant 5 ans. Je
sais que pour la plupart des gens il s’agit ici d’une maladie incompréhensible
et tout à fait étrange. Il est bien difficile de croire qu’une personne est
capable de se laisser mourir de faim pendant que des milliers de gens sur la
terre ne mange pas à leur faim.
Peut-on parler d’une maladie? D’un geste volontaire et
calculé?? Je parlerais plutôt d’un mal de vivre, d’une profonde blessure et
d’une tentative de fuir la réalité. Je sais pertinemment que ma peur de prendre
du poids va bien au-delà du simple aspect physique. Il s’agit pour moi d’un
contrôle sur ma vie, sur le vide qui me rempli. Une façon d’anesthésier la
douleur qui coule dans mes veines. La vie me saoul tant elle est belle, la vie
me mord tant elle ne me semble pas pour moi.
Je suis une passionnée, une artiste du bout des orteils
au bout des cheveux. J’adore la nature, la simplicité, j’ai des rêves de
grandeur, un chez moi bien douillet, des amis (es) merveilleux… la vie est si
bonne avec moi. Alors pourquoi chaque jour je ne réussie pas à vivre chaque
infime particule du moment présent? Pourquoi je demeure au prise avec cette
bête, cette ami au regard envoûtant qui m’enchaîne au barreau de ma cage, dont
la porte est pourtant grande ouverte face à un avenir lumineux et heureux? Je
suis sensible aux douceurs et au cadeaux la vie, et pour tant je la rejette
toujours.
Depuis cinq ans….depuis cinq ans je vies l’enfer à
chaque minute de mon existence. En cinq immenses années de mon existence, il ne
s’est pas passé aucun instant où tranquillement j’ai vécu ma vie. Mon enfance,
mon adolescence me semble vague et irréel.
Si je me permets de faire un petit résumé de ma vie, je
dirais que j’ai été beaucoup aimé. Aimé par des gens qui avaient les meilleures
intentions mais qui avaient aussi des blessures si grandes que je m’y suis engouffrée
et perdue de vue
Mes parents se sont séparés lorsque j’avais 3 ans. Ils
étaient amoureux fous mais ne savaient comment s’aimer. Mon père avait une peur
immense de l’engagement en raison de sa jeunesse et de l’exemple de la vie
familiale qu’il avait eu devant lui. Ma mère était une éternelle enfant qui ne
cherchait que de l’amour et du réconfort et qui bien vite tomba dans le triste
monde de l’alcool, comme beaucoup de gens de sa famille d’ailleurs.
J’ai donc vécu avec ma mère, avec ce petit oiseau
fragile je dirais plutôt, toute mon enfance. Je voyais mon père le dimanche de
chaque semaine. Je l’attendais patiemment près de la porte, et comme toujours
il arrivait en retard et me prenais avec lui que pour quelques heures. Ma mère
eu quelques copains, que je ne tolérais pas, ni mon père d’ailleurs je le
crains.
Les années ont filées comme ça assez correctement jusqu’à
mes huit ou neuf ans. À ce moment là ma mère est tombée amoureuse d’un homme
marié, et elle s’est mise à boire de plus en plus jusqu’à aujourd’hui. À partir
de ce temps j’ai perdu mon identité, ma petite personne prenait trop de place
dans sa vie. Pour plaire et obtenir ma valeur, je devais donc me conformer à ce
qu’elle désirait de moi. Ne pas bouger, ne pas parler, ne pas exprimer ma
colère, mon insatisfaction et mon désespoir…. Endurer, tolérer, me taire.